Les Nations Unies ont déclaré 2025 Année internationale de la préservation des glaciers et ont instauré que, à partir de cette année, le 21 mars deviendrait la Journée mondiale des glaciers, célébrée chaque année.
Comme elles l’ont exprimé, « c’est une occasion de sensibiliser le monde entier au rôle crucial des glaciers, de la neige et de la glace dans le système climatique et le cycle hydrologique, ainsi qu’aux impacts économiques, sociaux et environnementaux des changements imminents affectant la cryosphère terrestre. »
Pour célébrer cette décision, forms of minutiae présente une série d’albums dédiés aux glaciers et à la diversité acoustique de la glace, avec des œuvres de field recording réalisées par Marc Namblard, Ludwig Berger, Yoichi Kamimura, Pablo Diserens et Cheryl E. Leonard.
Répartie tout au long de l’année, la série débute lors de la Journée mondiale des glaciers avec l’album arctic summer, un voyage à travers les écologies sonores de l’Islande et du Svalbard, réalisé par l’audio-naturaliste et guide naturaliste Marc Namblard.
L’album arctic summer et ses 12 pistes forment une longue pièce continue qui se déploie comme un documentaire. Ici, les enregistrements immaculés de Namblard plongent l’auditeur dans l’effervescence estivale de deux îles polaires. Les scènes s’enchaînent en une tapisserie délicate mais foisonnante, mêlant paysages volcaniques, faune et glaciers, dont les dimensions prennent vie grâce au jeu subtil de l’artiste sur la perspective et l’espace.
Cette composition minutieuse nous permet d’écouter à la fois l’immensité et l’infiniment petit de la cryosphère et de la vie qu’elle abrite. Oiseaux et mammifères rythment l’album par des comportements acoustiques distincts. L’air vibre sous le battement d’ailes des macareux, les cris stridents des sternes arctiques, les tintements perçants des pluviers dorés, les appels nasillards des mouettes tridactyles et le bourdonnement étrange du vol des bécassines. Plus bas, un renard arctique appelle au crépuscule, une baleine souffle au large, tandis que les morses grognent, râlent et expirent comme d’antiques machines fumantes échouées.
Pourtant, ces voix animales ne résonnent pas seules. Elles s’entrelacent avec celles des éléments. Les marées chargées de galets nous conduisent au cœur battant du volcan enfoui sous la terre. Des bassins de boue géothermique bouillonnent en percussions visqueuses, tandis que des évents de soufre sifflent en soupirs perpétuels. Il y a des murmures dans la vase. Le sol brûlé se soulève. La Terre grésille. Geyser !
Peu à peu, ce paysage sonore brûlant s’évapore sous la chaleur de l’été, entraînant la fonte des glaces. En disparaissant, la glace dévoile une fascinante richesse de formes et de sonorités. Les glaciers s’effondrent dans des fracas tonitruants, les icebergs dérivent en grondements effervescents, tandis que la moraine s’égoutte en rideaux de gouttes. Le paysage s’imbibe d’eau. Les glaciers s’amenuisent. La Terre se transforme.
Ce creuset de bioacoustique arctique tisse une promenade sonore imaginaire à travers la toundra, rendant palpable la profonde affection de Namblard pour cet environnement. Sa délicatesse absolue est une invitation à écouter la cryosphère pour mieux la comprendre et la préserver. Véritable cinéma pour les oreilles, arctic summer est une capsule temporelle qui cartographie les paysages sonores et les écosystèmes fragiles d’un monde en mutation.