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Attention ! Amateurs d’horizons circonscrits ou de chapelles étanches, passez votre chemin, ici c’est l’an- ti-confinement, c’est l’embrassade du voisin et la tarentelle partagée. Fantazio & les Turbulents libèrent leurs cerveaux cosmiques en roue libre et voient leurs corps suivre, les voix voyager vers d’étranges territoires, et les muscles battre la métrique d’un boléro martien ou d’un ska galactique.

Depuis près de 20 ans, la route sinueuse du performer Fantazio croise celles des Turbulents, ces comédiens, musiciens et chanteurs de l’ESAT Turbulences (Paris 17ième). Depuis le centre Adam Shelton tenu par le clown-psychologue Howard Buten qui lui présenta Philippe Duban qui pilote Turbulences au festival Les Évadés du Bocal, à La Fabrique du Macadam, en passant par les Rencontres Encore Heureux et tout dernièrement au festival Sonic Protest. Au fur et à mesure, entre impros et écriture, des formes sont apparues, des figures ont surgies et un subtil répertoire foutraque s’est créé. Cabaret néo-dada s’il en est, Cosmic Brain nous prend par la main et nous fait la revue sauvage des créations soniques hors-normes nées de ces rencontres. Un camion bleu démantelé façon puzzle, Luffy de One Piece se demandant « comment il fait ça ? … Qu’est-ce qu’il m’arrive ? » dans la bouche de Mathias, des intermèdes de trompettes stellaires, une ballade country en solo, un blues d’Otto, un rap qui défonce, un melancolic zouk, du ping-pong de signifiants, une ode à Limoges à faire pâlir Graeme Allwright, une battucada de liaison ou un hymne intersidéral sur quelques skinheads hippies… Des images, pleins, et des couleurs, qu’on n’aurait pas associé naturellement mais dont l’assemblage et la proximité deviennent évidents.

C’est sûrement ça qui ressort de l’écoute de ce disque, c’est l’évidence que du nouveau peut naître de la ren- contre à condition d’accepter d’y aller vraiment, sans trop de précautions, sans trop d’hésitation. On y va et on voit, on prend le risque, on se met en déséquilibre, parce que c’est là qu’on ressent le mieux les choses. Quand ils jouent ensemble, pas de pudeur de style, pas de fausse élégance d’esthète, ici ça joue brut, les mains c’est fait pour taper, les pieds c’est fait pour danser.

Fantazio & Les Turbulents réenchantent le monde environnant, avalent, digèrent et régurgitent les sons qui les entourent, mais en les déterritorialisant de quelques galaxies, alors forcément, ça distord un peu les formes et les contours, et ça donne un résultat réellement unique et inouï.

C’est donc sans hésitation aucune que nous avons accepté la proposition faite par Fantazio d’éditer ces enregistrements dans la Collection La Belle Brute, qui depuis 2016 s’attache à faire entendre des enregistrements singuliers et partager des objets-disques atypiques à destination de toutes les oreilles curieuses. Ce disque est comme une colonne vertébrale qui réunit les générations, du canal historique du 93 autour de Duban & Buten aux initiatives actuelles d’une façon de repenser la psychothérapie institutionnelle, en passant par Sonic Protest ou La Belle Brute, comme un puzzle réunissant des morceaux pas si éloignés et pourtant pas si souvent rassemblés.

C’est aussi ça la lutte contre le morcellement, et c’est aussi pour ça qu’il est précieux.