Dix ans après son premier concert en solo sous la couverture de Mariachi, Nina Garcia s’autorise, avec Bye Bye Bird son premier disque en son nom propre, sans fards et sans démonstration, tout en clair-obscur, mélopées et fleur de peau.
Quasi documentaire par son approche volontairement simple du geste et de la prise de son, cet enregistrement rend compte avec une incorruptible franchise d’un moment, d’un manque, d’un état … et d’une énergie à couper le souffle. Avec l’ostinato comme seul credo, Nina Garcia fait ici de la musique comme certain·e·s randonnent en haute-montagne, en toute liberté sur des pistes où les pics donnent la réponse aux abysses, avec l’énergie du mouvement et l’émotion du son en guise de boussole.
De très courts (01:28) à jamais très longs (07:34), les huit morceaux qui composent cet ensemble explorent chacun un moment, un espace, une mécanique, une intention ou une manière de faire. En guise de trait commun à presque toutes ces pièces (toutes sauf une, la dernière), Nina Garcia explore une nouvelle technique et ajoute à son instrumentarium toujours réduit à l’essentiel (une guitare, une pédale et un ampli) un micro électromagnétique qui, tenu en main permet, par proximité, d’aller ausculter les zones très précises où la vibration de la corde fait son au milieu d’espaces étendus de silence. La guitare est débranchée et le rapport corps/instrument change de dimension.
Dans cette suite de variations, on peut se faire happer par des masses noise vue des très très près, des évocations de mélodies en devenir, des feedbacks sur ligne de crêtes, des pulsations qui tiennent la route, des modulations fragilisées par l’épuisement et des éclats harmoniques qui laissent entrevoir des jours meilleurs.
Ni désespérément chthonien, ni béatifiquement éthéré, Bye Bye Bird est une somme de morceaux de musique qui fait un tout et qui donne à entendre des échos de ce qui a été, la présence de ce qui est et l’espoir de ce qui sera, un disque-mouvement en forme d’envol et de salut.
Depuis 2015, Nina Garcia mène un travail de recherche et de création autour de la guitare électrique, à mi-chemin entre musique improvisée et noise.
Sur des très nombreuses scènes en Europe et en Amérique du Nord, elle a joué ponctuellement avec Stephen O’Malley, Sophie Agnel, Fred Frith, Antoine Chessex, Louis Schild ou avec le Feedback Ensemble de Luke Stewart et Leila Bordreuil en plus de des formations plus régulières auxquelles elle participe comme l’ensemble Le Un, mamiedaragon, Autoreverse (avec Arnaud Rivière), les duos avec la tromboniste Maria Bertel ou la percussionniste Camille Émaille ou la pièce-installation De Haut En Bas, De Bas En Haut Et Latéralement (avec Christophe Cardoen, Jennifer Caubet, Etienne Foyer, Anna Gaïotti et Romain Simon).
Bye Bye Bird son deuxième disque en solo parmi, déjà, une quinzaine de publications.
–Arnaud Riviere, à Paris, Novembre 2024